En RDC, une poignée d’ouvriers fait plier le géant Heineken

18 août 2017 - Le Monde Afrique - Olivier van Beemen

“Il y a quinze ans, le numéro deux mondial de la bière prétexta de la guerre civile pour licencier plus de 150 employés. Ces derniers viennent d’obtenir 1,3 million de dollars de compensation…

Là, le propriétaire des lieux et son ancien collègue John Namegabe se remémorent leurs exploits lors des négociations qu’ils ont menées avec le second groupe brassicole mondial. « Nous avions emporté dix kilos de documents pour que Heineken ne puisse pas dire qu’il manquait quelque chose, sourit John Namegabe. Nous nous sommes habitués à leurs tactiques de prolongation. »…

La ville connut de nombreux pillages, mais la brasserie Bralima, filiale congolaise de Heineken, fut épargnée. « Les rebelles savaient que la bière devait continuer de couler. Ils voulaient montrer que la vie suivait son cours, et la bière en fait partie », souffle un cadre présent au moment des événements. En RDC, on entend parfois qu’on peut bombarder un hôpital, mais pas une brasserie.
Heineken fit preuve de pragmatisme : la multinationale traita les rebelles comme s’ils étaient les dirigeants légaux et continua de payer ses impôts. Par ailleurs, l’entreprise prit prétexte de la guerre pour réaliser d’importantes économies de personnel même si les chiffres des ventes restaient excellents, selon des sources internes. Dans le droit congolais, les licenciements collectifs doivent recevoir le feu vert des autorités. Entre 1999 et 2002, Heineken l’a obtenu à plusieurs reprises des autorités sous contrôle des rebelles. D’autres employés ont été forcés à prendre une retraite « volontaire »…

En 2010, le directeur général néerlandais Hans van Mameren leur a conseillé de cesser de perdre leur temps – les dossiers étaient clos.
En décembre 2015, Guillaume Namegabe, John Mataboro et un troisième représentant du collectif ont porté plainte auprès du Point de contact national (PCN) de La Haye pour les principes directeurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui peut être saisi lorsqu’il est estimé qu’une multinationale a violé ses principes de responsabilité sociale et environnementale…

Les plaignants sont satisfaits et n’ont pas l’intention de poursuivre la procédure. Cependant, ils ne peuvent chasser de leur esprit la conviction que Heineken, dans l’est de la RDC, s’est rendu complice des crimes commis par les rebelles. Cette accusation, formulée dans la plainte, est lourde de conséquences et difficile à prouver. Mais des documents pointent de façon répétée les liens étroits entre Heineken et les rebelles du RCD…”

 

Photo : Pixabay

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