Cameroun : Un rapport d’Internet Sans Frontières met en lumière les inégalités hommes/femmes dans l’accès et l’utilisation d’Internet

23 octobre 2015 - Internet Sans Frontières - Julie Owono, Cameroun

“Une nouvelle recherche menée par Internet Sans Frontières, en partenariat avec la Web Foundation, créée par l’inventeur du Web Tim Berners-Lee, montre que la généralisation de la téléphonie mobile ne suffit pas à augmenter le nombre de femmes connectées, ou à atteindre l’autonomisation des femmes grâce à la technologie.

L’étude, basée sur une enquête menée auprès de milliers d’hommes et de femmes dans les zones urbaines pauvres dans neuf pays en développement, y compris Cameroun, a constaté que presque toutes les femmes et tous les hommes possèdent un téléphone, mais les femmes ont encore près de 50% moins de chances d’accéder à l’Internet que les hommes dans les mêmes communautés : au Cameroun, seuls 36% des femmes interrogées à Yaoundé disent être utilisatrice d’Internet. Une fois en ligne, les femmes sont 30 à 50% moins susceptibles que les hommes d’utiliser Internet pour augmenter leur revenu ou participer à la vie publique.

Les conclusions les plus frappantes pour la ville de Yaoundé sont les suivantes:

  • L’Accès à Internet et son utilisation demeurent inégalitaires – Seulement 36% des femmes interrogées utilisent internet, tandis que le chiffre monte à 45% parmi les hommes interrogés.
  • L’alphabétisation numérique et le coût sont les deux principaux obstacles pour les femmes pour accéder et utiliser l’Internet – Lorsqu’on leur demande pourquoi elles n’utilisent pas Internet actuellement : pour 26% des femmes la principale raison est qu’elles ne savent pas comment l’utiliser; pour 17% d’entre elles, la raison la plus importante est qu’elles ne peuvent pas se le permettre.
  • Les femmes sont plus victimes des violences basées sur le genre que les hommes – Comme dans le monde non virtuel, les femmes subissent plus de violence. 17% des femmes ont été victimes de menaces ou d’intimidation lors de l’utilisation d’un mobile et / ou Internet (c’est le cas pour 11% des hommes interrogés); 25% de ces femmes ont subi des menaces ou intimidation personnelle directes 10 fois directs ou plus lors de l’utilisation d’un mobile dans les deux dernières années: soit 8 fois plus que les hommes.

Extraits de l’étude :

Les femmes ont 50% de chance en moins d’être connectées par rapport aux hommes de la même tranche d’âge avec des niveaux d’éducation et des revenus familiaux similaires.

Synthèse des recommandations principales

Nous n’atteindrons pas les Objectifs de Développement Durable d’accès universel à l’Internet et d’autonomisation des femmes via les TIC à moins qu’une politique technologique ne soit mise en place spécifiquement pour lutter contre les profondes inégalités de genre, d’éducation et de revenu mis en évidence dans cette étude.

Le détail de chaque recommandation est disponible à la fin du rapport, voici les principales :

    1. Etablir des objectifs avec échéance concernant l’équité en matière d’accès à l’Internet, l’utilisation des compétences en fonction du genre et des revenus. Notre Web Index de 2014 montre que de nombreuses stratégies TIC nationales ou des plans à haut débit impliquent, au mieux, un engagement rhétorique en matière d’égalité entre sexe. Quelques-uns ont un patchwork de programmes et d’initiatives à petite échelle mais néanmoins intéressants, mais des objectifs globaux liés à des allocations budgétaires sont nécessaires pour assurer cohérence, coordination et ampleur. \
    2. Enseigner les nouvelles technologies à partir de l’école primaire. Nos conclusions mettent en avant la différence écrasante que l’éducation fait en matière d’utilisation des technologies par les femmes, même en contrôlant les autres facteurs tels que les revenus et l’âge. En s’assurant que les programmes du primaire et du secondaire comportent un enseignement de base en matière de technologie, on peut tirer parti des taux d’admission de presque 100% pour offrir à tous ces possibilités.
    3. Briser la barrière d’accessibilité. Les utilisateurs de notre étude dépensaient environ 20% de leur revenu (équivalent au seuil de pauvreté) pour un accès basique. Donc, même ceux qui pouvaient se permettre d’aller sur Internet devait rationner leur utilisation. Rendre l’accès à des connexions à haut débit plus abordables n’est pas uniquement le meilleur moyen d’avoir plus de personnes connectées, c’est aussi un prérequis pour leur permettre d’aller en ligne et d’explorer plus longuement et plus souvent, pour pouvoir entièrement profiter des opportunités numériques. Par exemple, les femmes qui sont en mesure d’aller sur Internet quotidiennement ont presque trois fois plus de chances que les utilisateurs occasionnels de déclarer qu’Internet les a aidé à augmenter leurs revenus.
    4. Mettre en place des produits au design axés sur les femmes. L’impact des services en ligne pourrait être considérablement augmenté en définissant un utilisateur final ‘Femme’ et non uniquement un ‘consommateur générique’. L’expérience montre que lorsque les femmes ne sont pas consultées, les produits et les services sont souvent voués à l’échec. Lorsque les agences gouvernementales et les donateurs investissent dans de tels services, la cible privilégiée devrait être les femmes à faibles revenus.
    5. Faire de l’engagement politique et citoyen des femmes un objectif explicite. La petite majorité des femmes pauvres qui sont déjà actives au sein des communautés ne sont pas seulement plus susceptibles d’être connectées mais ont également bien plus de chance d’utiliser les technologies de façons transformatives. Les décideurs politiques devraient travailler avec les groupes de femmes pour trouver des moyens d’aider les femmes via les technologies à augmenter leur participation, leur voie et leur pouvoir hors ligne
    6. Combattre la violence et le harcèlement des femmes en ligne. Dans 74% des pays inclus dans le Web Index, les organismes d’application des lois et les tribunaux échouent dans la prise de décisions nécessaires pour agir de manière appropriée dans les cas où les TIC sont utilisées pour commettre des actes de violence sexistes. Les gouvernements doivent prendre des mesures pour adopter des mesures législatives pour protéger les femmes et les filles, et former les forces de polices, les avocats et les juges sur les violences faites aux femmes via les moyens numériques.
    7. Il ne s’agit pas (uniquement) de technologie, idiot. Ni les ministères de la communication, qui généralement gèrent les stratégies nationales en matière de TIC, ni les ministères pour l’égalité des genres, lorsqu’ils existent, ne peuvent atteindre ces objectifs de développement durable concernant l’accès à l’Internet ou l’autonomisation numériques des femmes seuls. De plus, nos conclusions soulignent la leçon que l’autonomisation des femmes ne se fait pas dans des boîtes séparées et identifiées « hors ligne » ou « sur Internet », mais nécessite des progrès simultanés sur les différents fronts. Les agences gouvernementales, les groupes de la société civile et les responsables des secteurs privés devront travailler conjointement dans tous les secteurs pour s’assurer que les initiatives numériques sont systématiquement intégrées avec plus d’efforts pour étendre les choix et le potentiel des femmes sur le marché du travail, à la maison, dans les écoles et dans la vie publique. Former les décideurs politiques dans différents secteurs (tels que la santé, l’éducation, les petites entreprises ou l’agriculture) pour comprendre et exploiter le potentiel des TIC pour s’attaquer à la pauvreté et les inégalités entre sexes pourrait être un bon point de départ.

Photo : NASFAM – Site EuropeAid – culture de l’arachide au Malawi

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