Textile : en Afrique de l’ouest, les cotonniers perdent le fil de la transformation

21 avril 2017 - Jeune Afrique - Marion Douet

“Si la production d’or blanc explose en Afrique de l’Ouest, la transformation est à la peine. Face au déficit énergétique ou à la concurrence asiatique, de nombreuses usines ont fermé.

En Afrique de l’Ouest, le secteur du coton-textile tourne à deux vitesses. D’un côté, la production a connu depuis 2010 une forte progression…

De l’autre côté, la transformation n’a pas réussi à suivre la même tendance. Bien au contraire. Alors que la région comptait 45 usines il y a quinze ans, on ne dénombre plus que 10 unités, et la plupart tournent à moins de 50 % de leur capacité…

Au Sénégal, après dix années de fermeture, l’ancien fleuron NSTS-FTT a ainsi repris du service à Thiès en mai 2015 grâce à une garantie de 407 millions de F CFA (620 000 euros) du Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip)…

Filage, tissage ou encore teinture, la transformation de la fibre est pourtant un enjeu immense pour les économies de cette région. « Si nous parvenons à transformer 20 % de notre coton, nous serons un pays développé », a récemment relevé le ministre malien de l’Industrie, Mohamed Aly Ag Ibrahim, comparant la situation du pays, qui transforme 2 % de son or blanc, à celle de la Côte d’Ivoire, qui broie un tiers de son or brun, le cacao…

Pourtant, afin de se protéger des fortes fluctuations des cours auxquelles est soumise cette « commodité », mais aussi des risques de change et de la concurrence du coton américain, massivement subventionné, les États doivent remonter davantage la chaîne des valeurs. Ceux-ci clament tous leur volonté d’aller même vers la fin de la chaîne de production, car, si les usines ouest-africaines se concentrent sur le filage, une première étape de transformation « très capitalistique » (elle nécessite des machines énergivores), ce sont plutôt le tissage, le tricot ou la confection qui génèrent davantage de valeur ajoutée, note Jean-Paul Gourlot, expert au Cirad.

Déjà très important en matière d’emplois, le secteur du coton (10 millions de producteurs) et du textile (1,2 million de salariés) pourrait par ailleurs, selon les estimations de l’Organisation professionnelle des industries cotonnières et textiles (Opict), créer encore quelque 50 000 postes directs et 500 000 emplois indirects à travers la zone Uemoa. Pour y parvenir, de puissants freins sont à lever…”

Photo : site EuropeAid

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