Instaurer des droits dans le système des emplois «jetables»

“Jusqu’où va l’élasticité du concept de travail précaire? Il est en tout cas suffi- samment élastique pour que le porte-parole des employeurs, lors du Forum de dialogue mondial sur le rôle des agences d’emploi privées dans la promo- tion du travail décent et l’amélioration du fonctionnement des marchés du travail dans les secteurs de services privés, organisé par le BIT en octobre 2011, commence son exposé en affirmant que le travail intérimaire «n’est ni précaire ni atypique» (BIT, 2012a, p. 3).
Les syndicats, pour qui la lutte contre la propagation du travail précaire est devenue une priorité majeure, ont récusé avec force la première de ces affir- mations et insisté sur le fait que le sens de la seconde restait encore à éclaircir. Le travail intérimaire est précaire de par sa nature même. Son expansion rapide et sa présence invasive dans quasiment tous les secteurs économiques ont bouleversé la notion de «typique».

Les conventions fondamentales de l’OIT qui définissent les droits d’or- ganisation, de représentation et de négociation collective sont fondées sur l’hypothèse d’un emploi direct à durée indéterminée – «la relation de travail standard» à partir de laquelle les autres relations contractuelles sont considé- rées comme «atypiques». Il est évident qu’à aucun moment dans l’histoire il n’y a eu ne serait-ce qu’une petite majorité de travailleurs dans le monde qui bénéficiaient d’un statut d’emploi permanent. L’emploi précaire a toujours prévalu dans l’agriculture, qui est le plus grand employeur dans le monde. Dans les secteurs de l’hôtellerie et du tourisme, qui sont en expansion rapide, l’emploi reste essentiellement précaire. Dans les industries manufacturières, même les secteurs fortement syndiqués ne représentent que la pointe d’une pyramide plus large reposant sur de longues chaînes de travail précaire déloca- lisé. Maintenant, même ces nodules d’emploi direct permanent sont en train de succomber à la précarisation…”

Avec le système actuel des emplois «jetables», l’hypothèse de l’emploi direct, à durée indéterminée, est remise en question par l’expansion de toutes les formes de travail précaire, y compris le travail intérimaire, dans tous les secteurs de l’économie. Le travail précaire ne peut plus être considéré comme une déviation par rapport à la norme, car il (re)commence à proliférer, jusqu’à devenir la norme, ce qui impose aux travailleurs de chercher une nouvelle plateforme de droits destinée à protéger l’organisation et la négociation sur le lieu de travail…”

Photo : Khan al Wakala, Arabie saoudite – Site EuropeAid

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