Cambodge : Les lois du travail ne protégent pas suffisamment les ouvrières et ouvriers du textile

12 mars 2015 - Human Rights Watch

“Les compagnies internationales devraient divulguer les noms de leurs fournisseurs et protéger les travailleuses et travailleurs contre des abus.

Le gouvernement cambodgien omet de protéger contre de graves violations du droit du travail les travailleuses et travailleurs participant à la production de vêtements pour le compte de compagnies internationales, a déclaré Human Rights Watch…

Ces personnes, qui sont en majorité des femmes, sont souvent victimes de divers abus – heures supplémentaires forcées, discrimination en cas de grossesse, pratiques antisyndicales que ni le gouvernement ni les compagnies n’ont suffisamment cherché à endiguer…

Le rapport de 140 pages, intitulé « « Work Faster or Get Out »: Labor Rights Abuses in Cambodia’s Garment Industry » (« ‘Travaille plus vite ou dégage’ : Atteintes au droit du travail dans l’industrie de l’habillement au Cambodge ») documente l’application laxiste des lois du travail par le gouvernement et les actions des compagnies qui entravent la surveillance et le respect des lois. Au cours des dernières années, les revendications de salaires, les cas d’évanouissement d’ouvrières du textile et les procédures pénibles d’enregistrement des syndicats ont mis en lumière la dure condition des travailleurs dans les usines de confection du Cambodge…

Human Rights Watch a constaté que de nombreuses usines ont émis à plusieurs reprises des contrats illégaux de courte durée pour éviter de payer les travailleuses pour les congés de maternité et autres avantages ainsi que pour les intimider et les contrôler. Les petites usines qui sous-traitent à de plus grandes usines axées sur l’exportation sont plus susceptibles d’embaucher des travailleurs sur une base occasionnelle, rendant la tâche plus difficile aux travailleurs pour ce qui est de faire valoir leurs droits parce qu’ils risquent d’être facilement renvoyés. Les compagnies internationales de vêtements n’ont pas pris de mesures adéquates pour mettre fin aux contrats illégaux à court terme dans leurs usines de fournisseurs – même là où leurs codes de conduite des fournisseurs comportent des clauses limitant leur utilisation…

L’industrie du textile au Cambodge, dominée par les investissements étrangers en provenance de Hong Kong, de Taïwan, de Chine, de Singapour, de Malaisie et de Corée du Sud est essentielle à l’économie du pays et aux moyens de subsistance des femmes. Les femmes représentent 90 pour cent des plus de 700 000 travailleurs du textile du pays dans 1 200 entreprises de ce secteur, selon le ministère de l’Industrie et de l’Artisanat.

Le rapport de Human Rights Watch s’appuie sur des entretiens menés auprès de plus de 340 personnes, dont 270 travailleuses et travailleurs de 73 usines de Phnom Penh et des provinces voisines, des dirigeants syndicaux, des représentants du gouvernement, des défenseurs des droits du travail, l’Association des fabricants de vêtements du Cambodge et des représentants de marques internationales de vêtements…

Des travailleuses et travailleurs de 35 usines ont signalé des pratiques antisyndicales notamment le licenciement et l’intimidation de dirigeants syndicaux nouvellement élus…

Des travailleuses employées dans 30 usines ont fait part d’exactions spécifiques, notamment le refus d’embaucher, de renouveler les contrats à court terme, ou de prévoir des aménagements raisonnables pour les travailleuses enceintes, ce qui leur rend difficile de travailler dans les usines. Pour les travailleurs de certaines usines, il a été difficile de prendre un congé de maladie médicalement approuvé. Human Rights Watch a également documenté le travail illégal d’enfants dans 11 des usines examinées. C’est dans les petites usines de sous-traitants, qui produisent pour les grandes usines ayant des licences d’exportation, qu’ont été signalés les pires abus…

Parmi les six compagnies avec lesquelles Human Rights Watch a été en contact, Adidas, Gap et H & M ont sérieusement discuté de leurs efforts pour remédier aux problèmes constatés. Adidas et H & M divulguent également publiquement les noms de leurs fournisseurs et mettent à jour périodiquement leurs listes. Marks and Spencer s’est engagé à divulguer la liste de ses fournisseurs en 2016. Seul Adidas a créé un processus pour que les travailleurs puissent obtenir une protection en tant que lanceurs d’alerte…”

Photo : RSE et PED

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