Leadership Féminin dans l’Economie Africaine : portrait de Gabrielle Sokeng, communicante engagée pour l’entrepreneuriat féminin

www.RSE-et-PED.info - Anne Faleu

RSE et PED est allée à la rencontre de Gabrielle Sokeng, jeune femme entrepreneure sénégalaise. Découvrez le portrait d’une femme leader africaine doublement entrepreneure.

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis Gabrielle Eve SOKENG, j’ai 31 ans, célibataire et un enfant. Je dirige l’agence de communication WERY (We Represent You) qui édite le magazine Aza Mag. Aza Mag est un magazine business qui parle des femmes entrepreneurs africaines partout dans le monde.

Quel est votre cursus scolaire et qu’avez-vous fait au niveau professionnel avant WERY et Aza Mag ?

J’ai commencé à travailler dès l’age de 15 ans au sein de l’ONG de mon père. Après le Bac à 18 ans j’ai cherché du travail pour payer mes études. J’ai fait 2 ans de droit ce qui ne m’a pas plu et ai eu ensuite un Master en stratégie marketing et un autre en communication. J’ai par la suite travaillé en marketing communication dans de grandes organisations.

Pourquoi et comment avez-vous décidé de devenir entrepreneure ?

Je suis naturellement têtue, entêtée et rebelle, j’avais beaucoup de problèmes avec l’autorité (Rires). Je ne restais jamais longtemps dans les entreprises. J’ai alors décidé de me mettre à mon compte et suis mieux comme cela.

Quel âge ont vos deux sociétés ?

WERY entre dans sa 4ème année et Aza Mag a 2 ans.

Comment s’est passé votre parcours en tant que porteuse de projets et entrepreneure ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

En tant que porteuse de projets je n’avais pas les vraies informations pour ouvrir mon entreprise. En 48h on peut ouvrir son entreprise auprès du guichet unique l’APIX [Investir au Sénégal : http://investinsenegal.com] en tant qu’entreprise individuelle. Je pensais que j’allais cartonner au bout de 6 mois et au bout d’un an j’ai eu besoin de financement. Les banques ne finançant pas mon type de projet, je me suis tournée vers mon entourage proche qui m’a aidée à remonter la pente.

Mais y a-t-il des structures qui accompagnent les porteurs de projet au Sénégal ?

Il existe des structures mais nous ne sommes pas assez informées. Et elles ne couvrent pas les projets de communication et média. Elles accompagnent plus les projets dans l’agriculture.

Hormis le financement, quelles autres difficultés avez-vous rencontrées ?

Il y a les difficultés sociales où il faut s’assurer que le loyer soit payé. Surtout lorsqu’on est une femme avec un enfant. Ma mère par exemple ne comprenait pas que je me mette à mon compte alors que j’avais un emploi bien rémunéré avec voiture de fonction.

Avez-vous eu à faire face à des difficultés par rapport à votre statut de femme et à votre couleur de peau ?

J’ai toujours évolué en Afrique. A compétences égales, une personne venant d’Europe ou d’Amérique a plus de chance de gagner un marché. Et en tant que femme, c’est plutôt du harcèlement sexuel que j’ai vécu… « Si tu veux que je te donne ce projet, il va falloir que tu fasses ça… ». C’est la partie la plus compliquée.

Et de femme à femme ?

Je n’ai pas eu de problème… De tous mes clients, je n’ai pas eu à rencontrer de décisionnaires femmes.

Votre pire souvenir en tant qu’entrepreneure ?

Le pire est du fait de l’attachement que je porte à mes employés… Au début je recrutais les personnes que je connaissais. Une fois l’une d’elle est partie à l’étranger avec tous les ordinateurs de l’entreprise. Une autre fois celle qui avait toute ma confiance s’est faite débauchée par un client et cela s’est mal passé.

Votre meilleur souvenir en tant qu’entrepreneure ?

Lorsque j’ai eu mon premier gros chèque. C’était le Ministère de la Justice. Je n’y connaissais personne. J’ai juste postulé, ai eu deux entretiens et ai remporté le contrat.

Est-ce que vous intégrez la RSE dans le fonctionnement de votre entreprise ? Si oui comment ? Et vous a-t-elle apporté des opportunités de développement ?

Pour l’instant nous n’avons pas encore étudié ce que la RSE peut nous apporter et n’avons pas non plus eu l’occasion de travailler sur des projets RSE de nos clients.

D’une certaine façon vous faites déjà de la RSE à travers votre magazine Aza Mag, à travers votre engagement pour l’entrepreneuriat de la femme africaine. Alors pourquoi WERY et pourquoi Aza Mag ?

WERY parce que j’ai fait une formation en marketing communication, c’est ce que je savais faire donc j’ai ouvert cette agence. Pourquoi Aza Mag : parce qu’au lancement de WERY je recherchais des repères, des personnalités femmes du même secteur ou d’autres et qui ont réussi en Afrique de l’ouest. Je ne trouvais que des femmes dans l’agriculture mais pas dans les métiers du service. J’ai constaté qu’en Afrique anglophone il y avait beaucoup de femmes qui faisaient un métier de services, avec un très bon chiffre d’affaires et reconnues dans leur pays. Je me suis donc dit qu’il devait y avoir la même chose en Afrique de l’ouest. Avec ma jumelle nous avons donc décidé de créer un magazine dont les articles sur les femmes africaines seraient par des rédactrices des pays respectifs afin de trouver les sujets plus efficacement que nous et d’être des ambassadrices du magazine. Nous avons réussi à les fédérer autour du projet et c’est comme cela que nous avons trouvé les sujets sur des femmes qui inspirent d’autres femmes. De là est né Aza Mag.

Comment appréhendez-vous l’image de la femme entrepreneure et l’image de la femme Femme dans votre magazine ?

En Afrique, il n’y a pas… (hésitations)… En fait c’est la même chose ! Il n’y a pas de différence entre ma vie d’entrepreneure et ma vie de maman. Dans le n°2 ou 3 d’Aza Mag nous avions parlé des femmes du secteur informel. Ce sont elles qui font du commerce, celle qui vend des arachides ou des légumes au bout de la rue… elle est entrepreneure. C’est avec l’argent qu’elle gagne qu’elle nourrit sa famille et parfois le mari ne travaille pas. Tout ce que je fais tourne autour de ma vie de femme, ce n’est pas du fait que je sois entrepreneure. Par exemple, lorsque je suis invitée pour conférence, avant de donner mon accord, je regarde si cela concorde avec l’emploi du temps de mon fils. Même si tu es une DG d’une entreprise au gros chiffre d’affaires, à la fin de la journée tu dresseras la table pour ta famille.

Les femmes africaines cumulent le plus grand nombre d’entrepreneures au monde. Est-ce que cela vous parle ? Et d’après vous pourquoi ?

Même la femme qui est au bureau a toujours son petit commerce. C’est très rare de rencontrer une femme qui n’a pas une autre activité à côté de son travail. Soit elle vend du maquillage, des vêtements, etc. Elle essaie toujours de gagner plus que son salaire. Les femmes africaines sont plus entrepreneures que les autres.

A vous entendre, il semble que l’entrepreneuriat soit inné chez la femme africaine. Quelle place a-t-elle ou devrait-elle avoir dans l’économie du continent ?

Elle devrait avoir une place très importante car c’est ce que la femme fait qui nourrit le foyer, c’est elle qui se bat pour la survie de la famille. Mais même si dans les familles « modernes » chacun participe, il y a une partie très importante que la femme fait qui est en plus de mettre son salaire dans la maison, en plus de faire des activités à côté, la majorité des femmes le font pour la famille car ce qu’elles ont ne suffit pas. Elles doivent donc trouver un autre moyen ingénieux de gagner plus d’argent pour le bien-être de la famille. Malheureusement c’est souvent dans le secteur informel et elles ne payent pas d’impôt sur cette activité parce que l’Etat n’a pas de regard dessus et ne se l’est pas arrogé. Si on arrivait à institutionnaliser leurs activités informelles, à fédérer les femmes, à leur montrer que leur activité sont rentables et comment les gérer, et comment l’Etat peut également gagner si nous payions nos impôts, elles gagneraient plus et la famille se porterait mieux.

Pensez-vous que le mentoring aurait sa place pour accompagner ces femmes vers une institutionnalisation de leurs activités informelles ?

Ce serait la place parfaite du mentoring. Mais Il y a un travail à faire en amont au niveau du recensement de ces femmes. Il faut qu’elles acceptent que leur revenu additionnel diminue en payant des impôts. Ce qui développera leur secteur d’activité et l’Etat pourra utiliser cet argent pour les aider à mieux vendre. Il y a d’abord ce travail de conduite de changement de comportement à faire en amont.

La qualité première d’une entrepreneure ?

La persévérance et la patience.

Le défaut d’une entrepreneure ?

L’arrogance et l’impatience.

Votre qualité d’entrepreneure ?

Je suis très entêtée, je n’abandonne pas.

Votre défaut ?

Je suis trop sensible et trop fleur bleue.

Ce que vous préférez dans l’entrepreneuriat ?

Les débuts… quand on s’installe et que l’on fait des projets, quand on vise l’étoile.

Ce que vous détestez dans l’entrepreneuriat ?

Prendre des décisions qui peuvent impacter négativement la vie des gens.

Si vous n’aviez pas été entrepreneure ?

Je serais entrepreneure (Rires).

Quels conseils donneriez-vous à des femmes (africaines) entrepreneures ?

Quand on se lance, il faut prendre l’avis des gens et parler de son projet même si en Afrique on dit qu’il y a des mauvaises langues dès lors où on en parle. Il faut faire beaucoup de recherches et avoir un business plan solide avant de se lancer. Et être persévérante.

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Cet entretien a été réalisé le 14 septembre 2017

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