[Revue] La RSE, une opportunité pour un développement durable de l’Afrique

1 juin 2015 - Proparco [Groupe AFD]

“La montée en puissance de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) s’observe sur tous les continents. Elle progresse partout, en Asie, en Amérique latine mais aussi, plus récemment, en Afrique. Quelques grandes entreprises locales initient des démarches de RSE ou adoptent des normes internationales de gestion reconnues – comme la norme ISO 14001 en matière environnementale.

Une multitude d’initiatives voient le jour et participent à la diffusion de la RSE sur le continent. Les réseaux d’entreprises – comme le réseau RSE Sénégal ou le réseau Kilimanjaro – favorisent les échanges et la diffusion de savoir-faire ; des universités et des écoles d’ingénieurs dispensent des enseignements spécialisés ; les chambres de commerce (Tunisie, Cameroun, etc.) s’emparent du sujet et des labels de RSE sont mis en place au Maroc ou au Sénégal. La question intéresse de plus en plus les médias et la société civile. Cependant, la RSE reste encore bien souvent circonscrite à des programmes satellites qui n’influencent pas suffisamment le mode de gestion des entreprises. Pour créer un effet d’entraînement plus global sur le secteur privé, il faut qu’une masse critique d’acteurs économiques soient capables de traduire cette démarche en actions concrètes.

L’enjeu de ces prochaines années sera donc d’accompagner le développement à grande échelle de
la RSE sur le continent africain, ce qui représente un défi de taille pour des économies encore largement informelles. Dans un contexte de fortes demandes sociales et de fragilité des recettes publiques, la RSE représente une opportunité pour l’Afrique : celle de servir un développement durable et inclusif. En adoptant de meilleures pratiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), les entreprises peuvent non seulement réduire les externalités négatives de leurs activités (par exemple en luttant contre les accidents de travail ou la pollution des eaux usées) mais également optimiser leur impact positif sur le développement (par exemple en mettant en place une assurance santé pour les employés ou leur famille). Une démarche RSE peut également procurer d’importants bénéfices aux entreprises – en leur ouvrant les marchés internationaux, en leur assurant un avantage concurrentiel, en renforçant la mobilisation des employés, en réduisant les coûts de consommation d’énergie, d’eau, etc. – à condition de consentir un investissement de départ nécessaire à la réalisation d’études d’impact, d’audits et à la mobilisation de moyens humains notamment. Pour changer les pratiques ESG en profondeur, il faut également que la démarche RSE soit placée au cœur de la stratégie de l’entreprise, qu’elle soit portée par son dirigeant et appropriée à tous les niveaux de l’organisation.

La généralisation des démarches de RSE sur le continent suppose la mobilisation de tous les acteurs. Les institutions financières de développement ont par exemple conçu des outils efficaces pour accompagner leurs clients dans l’amélioration de leurs pratiques ESG. En s’appuyant sur des standards internationaux élevés, elles ont montré qu’elles pouvaient influencer favorablement le secteur privé. Les investisseurs et les banques, financeurs clés de l’économie locale, commencent eux aussi à percevoir l’intérêt d’accompagner des entreprises responsables.

Leur implication est un gage d’une plus grande diffusion de la RSE dans le tissu économique africain. Les ONG internationales et locales peuvent quant à elles sensibiliser le secteur privé à la RSE – quelques-unes ont fait le choix d’engager des partenariats avec les entreprises pour les accompagner dans leur évolution, d’autres optent plutôt pour des actions de plaidoyer. Enfin, il est indispensable que les États africains s’engagent en faveur de la RSE : ils ont un rôle indispensable à jouer pour promouvoir son développement, assurer sa régulation et faciliter les consultations entre les parties prenantes. Cela suppose un cadre politique ou législatif efficace favorisant les bonnes pratiques RSE, des mécanismes incitatifs pour les entreprises vertueuses et une bonne capacité à contrôler l’application des normes.

Cette coalition d’acteurs est fondamentale, car la RSE suppose que toutes les parties prenantes puissent transformer leurs rapports de force en une démarche concertée. Ce n’est qu’à ce prix que la RSE pourra véritablement s’implanter et participer au développement de l’Afrique.”

Photo : M. Winnubst – Site EuropeAid

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