Implication croissante du secteur privé dans le système de réponse humanitaire : risques et opportunités

“Il n’est un secret pour personne que le secteur privé et le système de réponse humanitaire, que ce soient les agences des Nations unies, les ONG ou le mouvement Croix Rouge, sont passés depuis déjà des années de la défiance à la construction de partenariats effectifs, redessinant les contours comme les enjeux d’un secteur en pleine mutation. Le « secteur privé » est un terme vaste recouvrant différents acteurs – petits donateurs individuels, individus fortunés, fondations, entreprises – contribuant de différentes manières et pour différentes raisons aux réponses humanitaires. La multiplicité des approches et des logiques d’intervention n’en font pas une entité homogène mais contient pourtant une sorte de cohérence dans le rôle qu’il prend ou qu’il prétend avoir dans la responsabilité collective face à la nécessité de réponse aux drames humanitaires. L’arrivée de nouveaux acteurs dans un secteur où les rôles de chacun étaient auparavant bien définis, redessine la place et la fonction impartie et revendiquée des différentes parties prenantes.

Cette implication croissante, mesurée par les chiffres de la contribution globale au secteur, passée de 17% à 32% entre 2006 et 20102, est principalement financière (5,8 milliards de dons privés en 2014). Néanmoins, elle prend aussi de nombreuses autres formes tels les dons en nature, la mise à disposition de main d’œuvre ou le transfert de savoirs, compétences ou technologies, ou encore la mise à disposition à des tarifs préférentiels de produits ou services spécifiques développés dans le cadre de partenariats.

Cette hausse s’inscrit dans une dynamique plus globale de hausse des financements traditionnels en provenance des gouvernements et des organisations internationales à mettre en perspective avec la hausse vertigineuse des besoins d’assistance du fait des crises majeures actuelles (Syrie, Sud Soudan, Yémen, etc.). Parmi les financements privés, on estime que 76% proviennent des individus, 7% des fondations ou des trusts, 8% des entreprises.

Si les entreprises et les fondations représentent seulement une petite partie des financements privés, leur progression est importante et il est intéressant de regarder quelles sont les motivations d’une implication grandissante qui ne reste pas sans conséquences et fait naître des challenges comme des opportunités pour le secteur…

Ces différentes motivations d’engagement incluent la protection de la base de consommateurs et la prévention des interruptions de marché, la protection des réseaux et des infrastructures d’approvisionnement, l’accession et le test de nouveaux marchés et produits, la protection et le développement du capital humain, l’engagement et la satisfaction du personnel, le développement et le test des processus internes et la préparation aux situations d’urgence, la responsabilité et l’éthique de l’entreprise, le renforcement des relations avec le gouvernement, la société civile et les autres entreprises, ainsi que l’amélioration de la réputation de marque et de l’entreprise…

En effet, en suivant des logiques économiques et non principalement des logiques basées sur les besoins, ce n’est pas uniquement la nécessité de réponse d’urgence ou la souffrance de la victime qui motivera les choix d’intervention du secteur privé mais plutôt l’alignement d’un besoin avec une perspective économique et commerciale stratégique pour l’entreprise…

Au final, la question n’est pas de savoir si cette implication nouvelle est une bonne ou une mauvaise chose pour le secteur et surtout pour les bénéficiaires de l’assistance mais plutôt de comprendre que c’est un mouvement de fond, inéluctable, ayant autant d’avantages que d’inconvénients, amenant autant de menaces que d’opportunités. Ensuite, la réflexion doit porter sur les moyens dont il faut doter le secteur pour qu’il ait la capacité d’absorption et de réaction à ses changements…”

Photo : site EuropeAid

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Contributeur(s)
Evelyne Pichenot
Evelyne Pichenot est Membre honoraire du Comité économique et social européen à Bruxelles ainsi que du Conseil économique, social et environnemental de France après y avoir siégé une quinzaine [...]
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