ICIJ : la Banque mondiale et la SFI ne protègent pas correctement les populations déplacées par les projets financés

21 avril 2015 - Le Monde [France] - Sasha Chavkin, Ben Hallman, Michael Hudson, Cécile Schilis-Gallego et Shane Shifflett

Titre original : “Quand la Banque mondiale trahit les pauvres”

“…Depuis plus de 30 ans, la Banque impose un ensemble de dispositifs de « sauvegarde » qui, dit-elle, assurent un développement économique plus humain et démocratique. Les gouvernements à qui elle prête ne peuvent mener d’expulsion sans préavis. Et doivent reloger et assurer des moyens de subsistance aux familles chassées d’un site du fait de la construction d’un barrage, d’une centrale électrique ou de tout autre grand projet.

La Banque mondiale s’engage à « ne pas porter préjudice » aux populations ni à l’environnement. Or ces dix dernières années, elle a régulièrement failli à ses engagements, avec de graves conséquences pour certaines des populations les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète…

En mars 2015, quand l’ICIJ a informé la Banque mondiale qu’il avait trouvé des « failles systématiques » dans ses mesures de protection des familles déplacées, l’organisation a reconnu l’insuffisance de ses contrôles et promis des réformes…

D’après les estimations de l’ICIJ, qui a analysé les documents de la Banque mondiale, ses projets depuis 2004 ont affecté 3,4 millions de personnes – celles-ci ayant été expulsées de leurs logements, leurs terres saisies ou leurs moyens de subsistance détériorés. Des chiffres probablement inférieurs à la réalité…

Au cours de cette période, les populations affectées par ces investissements ont déposé des dizaines de plaintes auprès du Panel d’inspection, l’organe de contrôle de la banque…

En mars, son président Jim Yong Kim a expliqué que, du fait de la demande importante d’infrastructures dans les régions en difficultés – pour améliorer l’accès à l’eau propre, à l’électricité, aux soins médicaux et à d’autres biens et services vitaux –, la Banque mondiale financerait un nombre croissant de grands projets susceptibles de déplacer des populations ou d’avoir des conséquences sur leurs moyens de subsistance…”

Photo : Jean-François Hellio – Inde

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