En Afrique de l’Ouest, la criminalité environnementale dégrade les écosystèmes et la forêt

10 février 2017 - Reporterre - Nina Krotov-Sand

“…Nouveau fleuron des organisations internationales engagées dans la lutte contre les trafics de ressources naturelles, le concept de « criminalité environnementale » connaît un essor dans le langage politique et médiatique contemporain. Entre 2014 et 2016, les montants concernés par le crime environnemental ont grimpé de 26 % et atteint une valeur estimée entre 91 et 259 milliards de dollars. Avec une activité dont la croissance est estimée 2 à 3 fois plus rapide que celle de l’économie globale, les trafics liés aux ressources naturelles constituent le quatrième marché criminel mondial, surpassant en termes de revenus générés le trafic illégal d’armes légères.

…Toutefois, l’évolution majeure que traduit l’émergence du concept de « crime environnemental » réside dans le lien nouvellement formulé entre des pratiques qui nuisent à l’environnement et la volonté de criminaliser ces actes, soit d’inscrire les atteintes à l’environnement dans le champ du droit. Ce faisant, tout acte nuisible à l’environnement n’est pas automatiquement qualifié de « crime environnemental ». Pour ce faire, cet acte doit en effet violer une législation en vigueur dans la zone où il est commis (et c’est là, bien souvent, que le bât blesse).

…La criminalité forestière renvoie non seulement à l’abattage et la récolte illicite des bois mais aussi à un ensemble d’activités connexes, telles que la fraude et la falsification de documents, la corruption, le recel et le blanchiment du bois et des revenus générés par ce trafic. Par ailleurs, elle concerne aussi la réception et la consommation de faune et de flore sauvages ; autrement dit, elle engage la responsabilité des pays importateurs de bois.

…En échappant à tout système de taxation gouvernemental, l’exploitation illégale des bois prive les États concernés de revenus indispensables au développement de ces pays. Le think tank Africa Progress Panel estime ainsi que pas moins de 17 milliards de dollars échapperaient, chaque année, aux économies africaines en raison du trafic de bois.

…Afin de pallier ces lacunes, plusieurs stratégies régionales et internationales ont fleuri ces dernières années. Au sein de l’Union européenne (UE), le plan d’action Flegt — acronyme anglais pour « application des règlementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux » — adopté en 2003, propose des mesures destinées à garantir l’origine légale du bois bénéficiant d’une certification Flegt. Alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest — le Ghana, le Cameroun, le Gabon, la Côte d’Ivoire ou encore le Libéria — ont signé un accord de partenariat Flegt, peu d’améliorations ont toutefois pu être constatées. En août 2015, Mediapart a ainsi publié un rapport confidentiel commandité par l’UE et portant sur l’exploitation forestière au Cameroun, révélant qu’en dépit de l’accord Flegt passé avec l’UE, aucune entreprise — européenne comme africaine, y compris celles certifiées FSC (Forest Stewardship Council) — ne respectait les législations forestières en vigueur dans le pays.

…La superficie totale des forêts couvre environ 30 % de la surface émergée de la planète. La déforestation représente 12 % des émissions mondiales de gaz à effets de serre…”

 

Lire le plan d’action FLEGT

 

Photo : EuropAid

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