Des centaines de villages ethniques menacés par la construction d’un barrage en Birmanie

24 juin 2015 - Info Birmanie

“…Evalué à 8 milliards de dollars, le barrage de Mong Ton doit être mis en place par une entreprise chinoise, la société de production d’électricité thaïlandaise, le Ministère birman de l’Énergie et des groupes d’entrepreneurs internationaux. Ces derniers mois, le projet de construction s’est accéléré, inquiétant les organisations locales shans qui dénoncent une catastrophe environnementale et sociale.

Avec ses 241 mètres de hauteur, le barrage, sera le plus grand d’Asie du Sud Est. Son réservoir s’étendra sur deux tiers de la longueur de l’État, submergeant une centaine de villages ethniques sur une zone équivalente à la surface de Singapour. Il engloutira également la vallée historique de Keng Kham et les « mille îles » de l’affluent de Nam Pang qui ont donné leur nom au canton et qui constituent une écologie unique en son genre. Le barrage produira 7 000 megawatts d’électricité dont 90% sera exporté vers la Thaïlande et la Chine tandis que des milliers de shans seront expulsés de leurs maisons.

Depuis le début de l’année, près de 60 ingénieurs chinois se sont installés sur le site du barrage. Ils mènent des tests hydrologiques et géologiques et creusent de profonds tunnels dans les berges de la rivière Salween. Le site est étroitement surveillé par l’armée et la police birmane et la voie navigable qui l’entoure est désormais interdite sur près de trente kilomètres. Une entreprise australienne (SMEC) mène des études d’impact écologique et socio-économique autour du projet depuis mars 2015.

Préoccupées par les derniers événements, elles ont publié au mois de juin un communiqué appelant à la suspension du projet, déclarant que « le site du barrage est situé sur une zone contestée par les plus importants groupes armés ethniques de l’État Shan ». Les zones alentours sont en effet fortement militarisées, avec la présence des troupes nationales mais également des forces armées ethniques. Le nombre de bataillons birmans stationnés autour du site a quadruplé ces 20 dernières années et malgré les cessez-le-feu, les conflits se poursuivent…

Il semble aujourd’hui évident que les études menées par la SMEC ne sont pas destinées à évaluer l’impact du projet mais a légitimer la construction du barrage. La SMEC s’était engagée à mener des consultations publiques dans les districts impactés, mais ce mois-ci elles ont toutes été annulées, remplacées par des huis-clos avec les autorités birmanes…”

Photo : RSE et PED

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