Birmanie – L’expansion de la mine de Letpadaung menace les droits fonciers des populations locales

10 février 2017

“Des milliers de personnes vivant à proximité de la mine de Letpadaung risquent de perdre leur maison ou leurs terres agricoles en raison de son expansion

Cette région du Myanmar est aussi extrêmement sujette à des séismes et à des inondations, le risque de catastrophe environnementale est donc majeur. Quant aux autorités, elles continuent d’utiliser des lois répressives pour harceler des militants et des villageois pacifiques opposés à cette mine.

DES CONSULTATIONS BIAISÉES

L’entreprise Myanmar Wanbao Mining Copper Limited a dit qu’elle envisageait d’étendre le périmètre de la mine de Letpadaung de deux acres supplémentaires, sur lesquels se trouvent les maisons de 141 familles dans quatre villages. L’entreprise n’a pas donné de date ni d’autres détails en ce qui concerne l’acquisition prévue de ces terrains.

Myanmar Wanbao affirme avoir mené de véritables consultations auprès des personnes concernées, mais les chercheurs d’Amnesty International ont découvert que ce n’était pas le cas. Par exemple, les habitants de quatre villages devant être totalement déplacés ont été exclus de toutes les consultations, alors même qu’ils font partie des personnes les plus durement touchées par ce projet. Contre leur volonté, ils vont perdre leurs terres et devoir se réinstaller ailleurs.

UN RISQUE ÉCOLOGIQUE ÉNORME

La mine de Letpadaung est située dans la plaine inondable du fleuve Chindwin, dans une région sujette à des séismes. En cas d’inondation ou de séisme, les déchets contaminés pollueront les terres environnantes. Myanmar Wanbao a reconnu que de telles fuites auraient des répercussions « catastrophiques », mais elle s’est abstenue de mener une étude d’impact environnemental adéquate. Les populations locales sont exposées à de graves dangers faute d’une telle étude.

Un accident qui s’est produit par le passé souligne les dangers qu’induit le fait de ne pas protéger les populations locales. En novembre 2015, une fuite s’est produite à la mine et des déchets se sont écoulés dans les champs des habitants du village de Wet Hme pendant plusieurs semaines, sans que Myanmar Wanbao ne fasse quoi que ce soit pour y remédier.

Des échantillons de terre prélevés là où ont eu lieu les fuites ont indiqué que les eaux usées étaient contaminées par plusieurs métaux, notamment l’arsenic, le cuivre et le plomb. Les échantillons ont ensuite été analysés par le laboratoire de Greenpeace à l’université d’Exeter, au Royaume-Uni. Un scientifique spécialiste de l’environnement a conclu que le liquide était très probablement contaminé.

RÉPRESSION DES CONTESTATIONS

Alors qu’elles s’étaient engagées à résoudre le différend opposant Myanmar Wanbao aux populations locales, les autorités du Myanmar ont continué d’arrêter et de harceler les villageois opposés à cette mine.

En invoquant toute une série de lois draconiennes, elles continuent d’empêcher les manifestations, et d’arrêter et de poursuivre en justice des personnes qui ont exercé leur droit de réunion pacifique.

Plusieurs villageois font l’objet de poursuites judiciaires et risquent d’être emprisonnés pour avoir participé à ces manifestations. Par exemple, deux habitantes du village de Thone sont actuellement inculpées de « dégradations » et de « diffamation » alors qu’il s’agissait de manifestations pacifiques.

Trois hommes ont été déclarés coupables d’avoir participé à une manifestation devant l’entrée principale de la mine Sabetaung et Kyisintaung (S&K), qui se trouve non loin de la mine de Letpadaung et qui est également exploitée par Wanbao Mining. Ces hommes ont nié les chefs d’accusation – avoir bloqué le portail principal et pénétré sans autorisation sur le site de l’entreprise – pour lesquels ils ont été condamnés.

De plus, aucun responsable n’a eu à rendre des comptes pour l’utilisation de munitions incendiaires au phosphore blanc – tirées depuis le site de Myanmar Wanbao – contre des manifestants pacifiques en novembre 2012 et pour la mort de Daw Khin Win, une villageoise abattue par la police en 2014 alors qu’elle participait à une manifestation.

IL EST URGENT D’ENCADRER LES GRANDS PROJETS INDUSTRIELS

Le gouvernement du Myanmar doit améliorer l’encadrement réglementaire des grands projets industriels, tels que des mines, et de mettre en place pour l’acquisition des terres un cadre adéquat basé sur les normes internationales relatives au droit à un logement convenable et à l’interdiction des expulsions forcées.

Les pays étrangers, notamment la Chine, doivent veiller à ce que leurs entreprises qui ont des activités commerciales ou envisagent d’en avoir au Myanmar prennent des mesures efficaces pour que leurs activités ne donnent pas lieu à des atteintes aux droits humains. Les entreprises étrangères devraient toutes exercer la diligence requise en matière de droits humains pour leurs activités au Myanmar, conformément aux normes internationales.”

Photo : RSE et PED

Nos partenaires