Le Burkina a remporté la bataille contre le coton OGM, mais la lutte n’est pas finie

2 mai 2017 - Reporterre - Julie Lallouët-Geffroy

« Le Burkina Faso a décidé de ne plus utiliser le coton génétiquement modifié de Monsanto. Mais le niébé transgénique, largement consommé par la population, est déjà dans les éprouvettes. Blandine Sankara prône l’autonomie pour rompre avec ces cultures transgéniques…

Son or blanc, largement vendu à l’export, représente 4 % du PIB. Dans les années 2000, Monsanto a fait miroiter aux producteurs une récolte plus lucrative grâce à une déclinaison OGM, le coton Bt, sans insecticides supplémentaires, et avec un meilleur rendement. Commercialisé en 2009, le coton a été rentable les trois premières années, mais très vite, les cultivateurs ont dû ressortir les insecticides, la qualité du produit s’étiolait, la quantité n’était pas au rendez-vous…

Dans un rapport commun avec CCFD-Terre solidaire et publié lundi 1 mai, la Copagen dresse le bilan de ces années de coton transgénique sous la formule « un fiasco national », et liste les promesses non tenues par la multinationale. Le prix des semences est passé entre 2009 et 2016 de 2.300 à 27.000 francs CFA ( 3,51 à 41,16 euros) pour un hectare ; à cela s’ajoutent les coûts des insecticides à nouveau nécessaires à partir de la troisième récolte. En parallèle, la longueur de la fibre du coton s’est raccourcie, dévaluant sa qualité

La rupture de contrat Monsanto a enthousiasmé les militants, sans déclencher pour autant l’euphorie. « Je ne suis pas satisfaite, poursuit Aline Zongo, si nous arrêtons le coton Bt, c’est parce qu’il n’est pas rentable. Mais s’il l’était, nous y retournerions probablement alors que ce coton a des conséquences sur les cultures voisines, qu’il coûte très cher et endette les paysans. »
Consciente que cette victoire sur le coton Bt n’est qu’un répit, elle s’inquiète de la culture du niébé, un haricot riche en protéines largement consommé par la population burkinabé. Une variété transgénique en est en ce moment élaboré et testé dans les laboratoires pour une probable commercialisation dans les années à venir…

« Il est important de faire le lien entre ce coton Bt et notre dépendance économique face à des entreprises, mais aussi et surtout face au marché mondial. Nous exportons ce coton, nous sommes donc dépendants des marchés mondiaux. En 2008, lors des émeutes de la faim, le prix du blé a flambé et notre pain importé est devenu très cher. Nous devons être autonomes au niveau alimentaire et économique. »… »

 

Télécharger le rapport Le coton Bt et nous

 

Photo : site EuropeAid

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