ÉVÉNEMENTS EN LIGNE

Compte-rendu « Tendances de la RSE dans les pays en développement depuis 2006″ – Webinaire du 18 janvier 2014

Le 18 janvier 2014 -

RSE et Développement a présenté lors de ce webinaire l’étude “Observatoire des tendances de la RSE dans les pays en développement” qui analyse les 8 700 documents mis en ligne sur www.rse-et-ped.info depuis 2006 : secteurs, thèmes, continents etc…La synthèse est disponible ici.

23 personnes ont participé, de 9 pays différents : Cameroun, Canada, Chine, Danemark, France, Maroc, République du Congo, Sénégal, Thaïlande. Les discussions visaient à avoir les retours de professionnels évoluant dans la RSE et dans les pays en développement, en voici une synthèse :

Cadre et moteurs de la RSE

Finance et les investissements responsables

Plusieurs questions sont posées qui montrent l’intérêt des participants pour cet outil :
La finance responsable peut-elle être un facteur de diffusion de la RSE dans les pays en développement et comment?
Le développement de l’Afrique semble passer par les PME qui favorisent un emploi inclusif et un accès large aux revenus. La RSE pourrait-elle s’appuyer sur la thésaurisation par les entreprises à la place du système bancaire classique ?
Le thème de la finance responsable peut-il être rapproché de celui de la finance islamique?
Un participant remarque que l’Afrique est en pleine construction industrielle et que parfois le dumping, plutôt antinomique avec la RSE, semble être un outil d’attrait pour les investisseurs.
Un participant rappelle les outils existants et qui pourraient être utilisés de manière plus large comme le tout récent Système de sauvegardes de la Banque africaine de développement et, pour le secteur privé, les Principes de l’Equateur auxquels 23 banques d’Afrique, Amérique latine, Asie en développement et Moyen Orient ont adhéré, sur un total de 79 banques membres.
L’étude montre qu’il il y a très peu d’initiatives pour la finance responsable du côté des banques privées dans les PED, en particulier en Afrique et dans l’Asie en développement.

Outils et normes

Pour une RSE ambitieuse et forte, l’ISO 26000 ne semble pas suffisamment contraignante pour certains. Quelqu’un souligne que les normes internationales des Nations Unies retranscrites dans les droits nationaux seraient plus efficaces. En France un participant note le projet de loi sur le devoir de vigilance.

Acteurs et pouvoirs publics

Des participants notent qu’il faudrait approfondir l’évolution de l’implication des pouvoirs publics africains dans les thèmes de la RSE. Pour un certain nombre, les politiques publiques dans ces domaines sont très laxistes ou inexistantes.

Société civile

Des participants notent le rôle efficace d’ONG comme Sherpa, Transparence Internationale, et aussi d’ONG du Sud comme CED Cameroun, ADEV, réseaux locaux de Publiez ce que vous payez.

Chine, Afrique et diplomatie de la RSE

Comment les pays africains pourraient-ils mieux apprécier l’implication des partenaires financiers chinois de leurs gouvernements ? Il existe une véritable « diplomatie » de la RSE de la part de certains pays développés, notamment européens (ambassadeur de la RSE, politique RSE des agences de développement des pays européens tels que la France, le Danemark, l’Allemagne,…), alors que la Chine a encore peu de tradition diplomatique. Toutefois elle porte beaucoup d’attention à son image à l’étranger et c’est un levier de pression sur les pratiques RSE des entreprises chinoises en Afrique.

Mise en œuvre de la RSE

Equipes RSE dans l’entreprise

Certains considèrent que l’ensemble des employés doit être fortement impliqué dans la RSE pour éviter des résistances. Quelqu’un note se demande si les directions ressources humaines des entreprises favorisent trop, pour la RSE, les profils philanthropiques ou communicants au détriment de profils opérationnels ou stratégiques. Pour cette personne, il manque des économistes, urbanistes, ingénieurs dans les équipes. Les équipes de diagnostic travaillent bien, mais au moment de proposer des actions pour réduire des impacts elles manquent de créativité et de force de proposition. Certains profils opérationnels tels qu’urbanistes, économistes ou ingénieurs pourraient apporter des solutions plus ambitieuses.

Compétences RSE des acteurs

On constate un réel manque de praticiens de la RSE au niveau des états, des entreprises, et de la société civile dans les pays en développement, même si cette situation évolue rapidement. Il faudrait un accès à plus de formations.
Il faudrait aussi sensibiliser et impliquer les syndicats et associations de consommateurs qui pourraient exercer un suivi des comportements des entreprises sur leurs thèmes respectifs.
Il faudrait enfin recenser et diffuser les bonnes pratiques « stratégiques » des entreprises.

Décalage entre les discours et les actions des entreprises, et besoin de crédibilisation de la RSE

Plusieurs participants soulignent le contraste entre les discours et la pratique RSE. Par exemple dans les secteurs agroalimentaire et de la distribution qui s’approvisionnent en bananes au Cameroun où il y a des « atteintes aux droits humains, extorsions des terres et expropriations, des non versements des pensions de retraite aux salariés, une absence d’assurance maladie ».
Quelqu’un souligne qu’il faudrait porter plus d’attention aux mécanismes de remédiation, comme le Panel d’inspection de la Banque mondiale. Aussi les pratiques devraient être crédibilisées par des mécanismes de vérifications externes.
Certains participants remarquent que l’approche parties prenantes semble être plus dans les discours que dans la réalité.

Evolution des pratiques RSE

L’étude met en évidence un basculement progressif de pratiques visant la réduction de la pauvreté vers des démarches fondées sur des approches de développement économique. Cette tendance se retrouve aussi dans le secteur de la finance responsable note un participant : en 2011, 25 % des investisseurs philanthropiques cherchaient également une rentabilité financière, contre seulement 10 % l’année précédente (enquête sectorielle de l’EVPA (European Venture Philantrophy Association).
Il existe quelques entreprises africaines phares qui ont de vraies politiques RSE. Voir aussi les entreprises marocaines qui ont reçu le label de la CGEM  (COSUMAR, Maroc Telecom, Lesieur, Lafarge, SMI,…). Quelqu’un note que Lafarge est aussi beaucoup critiquée.

PME et entreprises multinationales

L’étude montre qu’il y a beaucoup plus d’articles et de documents mettant en avant les grands groupes que les PME. Ceci s’explique par les campagnes d’ONG contre les multinationales, efficace car souvent sensibles à leur réputation, qui sont relayées par les médias. Et aussi par le fait que les grandes entreprises vont plus communiquer sur leur RSE que les PME. Il est  nécessaire d’inciter davantage les PME à mettre en œuvre une politique RSE, et aussi à communiquer davantage sur ce thème.
On peut noter les sources additionnelles d’informations sur les entreprises :
http://www.multinationales.org
http://www.business-humanrights.org

Corruption

L’étude montre que la corruption est un sujet relativement peu traité au sein de la RSE, et encore moins présent dans les bonnes pratiques des entreprises.

Consommation et nutrition

L’étude souligne également une sous-représentation des problématiques nourriture et eau potable au sein de la thématique consommation, alors que ce sont des thèmes importants pour les pays du Sud.

Femmes et genre

L’autonomisation des femmes constitue un levier de lutte contre l’exclusion. Toutefois les communications RSE relatives aux femmes sont relativement peu nombreuses.

Biographies des intervenants

Carine Lamalle, Consultant Etudes & Analyses, est spécialiste de la communication et de la marque. Diplômée de l’ESCP-Europe avec une majeure en Marketing, Carine a commencé sa carrière en institut d’études marketing en 1998. Partie s’installer en Chine en 2004, Carine y a rejoint l’institut Ipsos pour s’y consacrer aux études sur la communication et la marque. Apres 8 années chez Ipsos en Chine, au Japon et à Singapour, Carine retourne s’installer en France en 2013 pour s’y établir comme consultante indépendante.
Amenée à la RSE par ses intérêts personnels, Carine se préoccupe particulièrement d’environnement et des problématiques liées au changement climatique.Joëlle Brohier-Meuter, Présidente, Cofondatrice, s’est consacrée à la RSE et aux pays en développement depuis 2002. Française, elle a habité à Hong Kong, en Angleterre, en Thaïlande, à Singapour et est maintenant à Shanghai. Elle s’occupe de RSE et Développement, réalise des études et gère des projets sur la RSE dans la chaîne d’approvisionnement, les standards RSE et les politiques publiques de RSE. Elle aide depuis 2009 l’OCDE à promouvoir les Principes directeurs pour les entreprises multinationales en Asie.

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