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COMPTE-RENDU, VIDÉOS ET PRÉSENTATIONS
Afrique centrale : enjeux et initiatives contre la déforestation liée à l’huile de palme, avec Olam, CIRAD, IRET, WWF Gabon

Le 7 juin 2017 -

Intervenants

Modératrice

Edwige Eyang Effa,

Attachée de recherche,

IRET [Institut de recherche en écologie tropicale ; Gabon]

Intervenant.e.s

Eugène Ndong Ndoutoume,

Coordinateur Entreprises et biodiversité, WWF [Gabon]

Dr Christopher Stewart,

Head of CRS, Olam International [Royaume-Uni]

Flavia Fabiano,

Chargée d’études en analyse des liens entre mutations des filières et développement durable [France]

Vidéos

 

 

 

Présentations

      

 

 

 

Compte-rendu

Le 7 juin 2017 a eu lieu le webinaire « Afrique centrale : enjeux et initiatives contre la déforestation liée à l’huile de palme”.

Edwige Eyang Effa a introduit le webinaire en avançant que l’agro-industrie a promu jusqu’à présent la déforestation et la mise en oeuvre des cultures aux frais du développement durable. Les nouveaux acteurs d’aujourd’hui dans le secteur agroalimentaire ont une certaine responsabilité à intervenir de façon convenable et durable. Alors quelles sont les mesures mises en place pour combattre la déforestation en Afrique centrale et entreprendre une culture d’huile de palme durable ?

Eugène Ndong Ndoutoume a présenté les initiatives misent en place par WWF dans la sous région, notamment au Gabon. Il remit le sujet dans son contexte, en expliquant que le bassin du Congo regroupe 5 pays (Congo Brazzaville, République Démocratique du Congo, Gabon, République centrafricaine, Cameroun) et représente le « corps vert » de l’Afrique avec 530 millions d’hectares, dont 300 millions couverts par la forêt. Le taux de déforestation annuel de la région est de 0,14% et est principalement lié à l’agriculture et la cueillette. WWF a réussi à identifier la République Démocratique du Congo comme le pays le plus touché par la déforestation. En ce qui concerne le Gabon, le taux de déforestation est autour de 0,005% et le taux de couverture forestière de 85%. WWF Gabon a constaté néanmoins que les pays du Bassin du Congo sont engagés dans les voix d’aménagement durable.

Eugène Ndong Ndoutoume nous a invités à revoir le modèle de production et de consommation entrepris par notre société actuelle afin de limiter la déforestation de cette zone. De plus, il propose de repenser le mode de financement et de gouvernance aujourd’hui établi, afin d’apporter une aide équitable envers les ressources naturelles. Il y a une forte influence de l’industrie d’extraction dans la région, néanmoins il y a aussi un mouvement de diversification de l’économie afin de faire fasse aux aléas du marché.

Eugène Ndong Ndoutoume a expliqué que la volonté de développer la culture de l’huile de palme du Gabon est due à une étude datant de 2016 montrant une forte importation d’huile de palme. De plus, le fait que « la terre appartienne à l’Etat » et les conditions agro-climatiques sont des facteurs favorables à la culture d’huile de palme au Gabon. S’orienter vers cette culture serait un atout majeur pour la diversification de l’économie gabonaise, en tenant compte que l’huile de palme est celle la plus consommée dans le monde.

WWF Gabon a identifié les différents outils pour garantir une exploitation durable de cette plante comme :

  • La cartographie ;
  • La validation technique de la stratégie régionale de développement ;
  • La TFA 2020 (Tropical Forest Alliance) ;
  • Et les accords signés lors de la COP 22.

Les différentes approches afin de promouvoir le développement durable des exploitations d’huile de palme suivent les recommandations du ministère de l’agriculture et l’interprétation nationale de la RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil). Par exemple, OLAM est engagé dans la démarche RSPO au niveau national au Gabon, suivant ainsi un mouvement vers une contextualisation de la norme RSPO au Gabon.

Eugène Ndong Ndoutoume a conclu que beaucoup d’initiatives se sont développées dans le cadre de l’exploitation du palmier à huile, pour contribuer à la diversification de l’économie. Il y a des mesures favorables au développement du palmier à huile car les terres appartiennent à l’Etat et cela fait donc partie de la stratégie régionale. En plus de la promotion de la cartographie des potentiels de production établi par la RSPO et des accords de la COP 22, certains pays développent des normes avec WWF et des autres partenaires afin de créer une base de données regroupant toutes les informations sur les Forêts de Haute Valeur pour la Conservation (FHVC), afin de s’assurer que les plantations soient faites dans des zones propices.

Ewidge Eyang Effa a ensuite introduit Christopher Stewart d’OLAM, société opérant dans l’agro-alimentaire, à envergure mondiale. Elle est présente dans plus de 70 pays, qui se focalise principalement sur la chaîne de production à partir de petits producteur, notamment dans les tropiques. Ils ont aussi leurs propres plantations dans divers pays, notamment le café en Afrique de l’Est et l’huile de palme au Gabon. Le Gabon représente aujourd’hui pour eux un grand investissement.

Christopher Stewart a présenté les plantations d’huile de palme d’Olam au Gabon. Il y a passé 4 ans afin de s’assurer de la dimension écologique et sociale du projet. Ce projet a été mis en place depuis 2011-2012, promu par le président Gabonais qui cherchait à diversifier l’économie pour diminuer l’influence des aléas des prix pétroliers sur l’économie du pays, le but étant que l’agriculture représente entre 5% et 10% de l’économie. OLAM est donc un partenaire du gouvernement avec ce projet qui représente plus de 50 000 hectares de palmeraies. Christopher Stewart a expliqué que la production d’huile de palme est un choix stratégique lié a une forte demande du marché international, à l’optimisation de son rendement par rapport aux autres graines à huile et à la faible demande de main d’œuvre. Selon lui l’exploitation d’huile de palme au Gabon est une solution « sine qua non » à l’expansion agricole du pays.

Ewidge Eyang Effa a présenté la dernière intervenante, Flavia Fabiano, Chargée d’études en analyse des liens entre mutations des filières et développement durable au CIRAD.

Flavia Fabiano a expliqué l’importance des Objectifs de Développement Durable (ODD) dans le secteur agricole, en rappelant que la durabilité des projets agricoles locaux est aussi un enjeu global. Les ODD sont une approche holistique, en considérant les différentes dimensions – économique, sociale et environnementale -, contrairement à leurs prédécesseurs Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Flavia Fabiano a insisté sur le fait que les ODD étaient basés sur l’idée du « Trade Not Aid » contrairement aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Elle a montré l’importance pour les entreprises, les organisations et les pays d’intégrer les ODD au sein de leur stratégie de développement. Flavia Fabiano avance, par exemple, que l’ODD 3, qui cible entre autres l’obésité, s’adresse, entre autres, aux groupes agro-alimentaires utilisant l’huile de palme dans leurs produits.

Il est nécessaire d’augmenter la durabilité des transitions et des solutions. Flavia Fabiano a soulevé la complexité des joint ventures dans le cadre d’une exploitation durable de l’huile de palme. En effet, les joint ventures sont souvent accusées d’accaparement des terres des populations locales et de la diminution de la capacité fiscale des Etats, et de fait celle du développement local. Les appréhensions sont les mêmes faces au « blending » des financements (combinaison de plusieurs acteurs pour le financement de projet).

Ewidge Eyang Effa a conclu que le développement durable des plantations de palmier à huile représente un atout majeur pour la diversification de l’économie des pays du bassin du Congo. S’assurer de la durabilité des plantations permet d’assurer la protection de l’environnement et le respect des populations locales.

Question pour Christopher (OLAM)

  • Est ce que les CLIP sont certifiés? Lors des CLIP et de la plantation, il y a t-il des difficultés d’ordre culturelle avec les communautés locales rencontré par OLAM? Quel est le budget aloué pour evaluer l’impact environnemental et social ainsi qu’à la réalisation des CLIP?

Sur le plan de la responsabilité environnementale et sociale, le processus suivi par OLAM est de s’assurer du respect des normes RSPO et de l’acceptation du projet par les populations locales, via le Consentement Libre Informé et Préalable (CLIP). Le CLIP fait partie de la certification RSPO et est utilisé avant de débuter la plantation. Le processus de décision est complet et poussé afin de sélectionner les sites destinés à la plantation de palmier à huile tout en s’assurant du meilleur impact social pour le moindre impact environnemental. OLAM s’engage donc à entreprendre des relevés botaniques, dès le début du processus de délimitation de parcelles, et la mise en place d’une cartographie participative – réalisée par des experts indépendants. Ces procédures sont constituées de plusieurs étapes et représentent un cadre de discussion avec les communautés locales, les experts et OLAM.

  • Comment et quand sont déterminés les impacts environnementaux des plantations.

Christopher Stewart explique que les 50 000 hectares de la concession d’Olam sont répartis en zones FHVC, plantations et zones communautaires. Cette répartition des sites permet de déterminer l’impact des plantations, valable pour un minimum de 25 ans. Aujourd’hui, plus de 50% de la zone attribuée est en zone de conservation – la zone de savane aussi présente dans cette zone de conservation car elle représente une importante biodiversité. De plus, Christopher Stewart a mis en valeur le côté positif pour le climat : les plantations représentant un stock de carbone net atténuent ainsi la dégradation illégale des forêts et de l’agriculture itinérante. Le bilan n’est pas sans fautes mais représente un modèle exemplaire.

  • Quelles sont les implications des parties prenantes lors de la consultation préalable et de l’entretien des plantations?

La « gabonisation » du projet, c’est à dire la gestion locale du projet est essentielle pour OLAM, avec plus de 80% de la main-d’œuvre locale. Olam veut favoriser la culture et connaissance locale pour pérénniser leurs projets.

  • Qu’est ce que le projet GRAINE?

Olam participe au projet GRAINE en partenariat avec la République du Gabon, qui est dédié à de petites coopératives de fermiers, sur des sites de 30 hectares, attribuant un hectare par personne, principalement en zone de forêt. Ce projet à deux axes principaux. Le premier permet aux petits producteurs d’huile de palme de revendre leur productions à Olam. Le deuxième axe permet de produire un appui aux vivriés appartenant à des petites coopératives.

Ressources

CIRAD, 2016, Conférence internationale Filières agricoles et développement durable : lier dynamiques locales et globales

CIRAD, Ressources sur la culture du palmier à huile

OLAM, 2016 Charte Olam du Bien-Être 2016

OLAM, 2016 Rapport sur la Stratégie Annuelle

OLAM, 2016 Actions de OLAM au Gabon

Biographies

Dr Christopher Stewart dirige la fonction de Responsabilité d’entreprise et de durabilité pour l’agri-business au niveau mondial d’Olam International. Christopher a plus de 20 ans d’expérience dans divers aspects de l’écologie tropicale, de la gestion des ressources naturelles et de l’innovation environnementale, dont 17 ans dans le secteur privé. Il a une solide expérience dans le développement des politiques et des normes, des évaluations environnementales et sociales, des pratiques de gestion durable, du renforcement des capacités et de la conformité dans les industries de l’exploitation des terres, des ressources naturelles et des déchets, y compris les usines. Christopher a été impliqué dans le développement de la politique d’huile de palme d’Olam et dans la conception et la gestion des plantations de palmier et de caoutchouc d’Olam au Gabon dès leur création. Il détient un doctorat en écologie forestière tropicale à l’Université de Cambridge.

Flavia Fabiano est chargée d’études en « analyse des liens entre mutations des filières et développement durable » au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Dans ce cadre elle facilite des travaux de réflexion interdisciplinaire, comme ces qui se sont déroulés à la conférence internationale « Agri-Chains & Sutainable Dévelopment », dont elle était une de principales organisateurs. Avec une formation en science politique, elle a travaillé dans le milieu de l’aide publique au développement dans la Région du Grand Mekong, avant de se spécialiser en politiques et innovations pour une alimentation durable à Montpellier SupAgro.

 

Le Coordinateur du Programme Business et Biodiversité de WWF Gabon et Point focal de la pratice Food du réseau WWF, M. Eugène Ndong Ndoutoume est MSc-Ingénieur environnement et expert en développement et durabilité. Il est formé en géosciences, environnement, développement et durabilité; son projet de fin d’études est sur la Responsabilité Sociale des Entreprises(RSE). Il a été consultant dans des projets de gestion de l’environnement et co-auteur des publications dans le domaine développement et conservation. Il est formateur dans les domaines de l’environnement, de la RSE et a une importante expérience sur le développement économique et conservation de la biodiversité. En poste au WWF à la mobilisation des efforts pour la sécurisation du capital naturel dans les investissements économiques. Il travaille pour la durabilité, les évaluations environnementales, l’aménagement du territoire intégrant le capital naturel, à la mise en œuvre des normes (RSPO-Table Ronde pour une huile de palme durable, FSC, ISO, IFC et d’autres sauvegardes environnementales) et le renforcement des capacités pour une amélioration de la gouvernance dans la foresterie, l’agriculture, les mines et les infrastructures. M. Eugène Ndong Ndoutoume a dirigé au Gabon, le processus de l’interprétation nationale de la RSPO, supervisé des missions d’évaluations environnementales et coordonne actuellement des projets dont le projet de promotion de l’économie verte.

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