Agriculture : la filière cacao envahie par la fraude à la certification

3 février 2017 - Jeune Afrique - Charles Bouessel

« En Côte d’Ivoire, les exportations de fèves labellisées par des organismes de développement durable ont explosé. Mais leur origine n’est pas toujours aussi claire qu’il y paraît…

Des progrès salués par Mamadou Sangafowa Coulibaly, le ministre de l’Agriculture, qui a annoncé la création d’un label « cacao origine Côte d’Ivoire » vantant la qualité des fèves, ainsi que le développement durable, écologique et équitable de la filière…

Les sacs en jute entassés dans les remorques arborent parfois des logos Rainforest Alliance, Fairtrade ou UTZ. Grâce à la certification de ces organismes, les coopératives de planteurs, tenues de respecter un cahier des charges précis qui interdit le travail des enfants et certaines pratiques agricoles, peuvent vendre leur cacao plus cher que le prix fixé par le Conseil du café-cacao,…

Si une rapide analyse permet de vérifier la bonne qualité des fèves, il est cependant impossible d’en savoir plus sur leurs origines. Les papiers censés préciser celles-ci ont toutes les chances d’être des faux. Chez les acteurs de la filière, le terme « mafia » revient souvent pour qualifier les pratiques de certaines coopératives, qui agissent avec la complicité passive de grands exportateurs…

Les grands chocolatiers mondiaux, comme Mars et Lindt, se sont engagés à n’acheter que du cacao certifié à l’horizon 2020. Dans la foulée, les volumes certifiés exportés de Côte d’Ivoire (premier producteur mondial) sont devenus gigantesques – de manière suspecte…

« Vu l’importance de la prime, beaucoup font du cacao certifié fictif », poursuit-il. Près de 50 % du cacao certifié serait frauduleux selon lui…

En profitant des failles de ce système, les « traitants » parviennent à obtenir facilement, et illégalement, leur certification. Inter-Réseaux signale d’ailleurs que « les visites de plantations et de coopératives font émerger des doutes sur les audits »…

Une fois certifiées, les structures fictives deviennent des fournisseurs de choix pour les grands exportateurs : un traitant propose en moyenne 5 000 tonnes de cacao par an, contre 2 000 tonnes pour une coopérative… »

 

Photo : site EuropeAid

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